Une nette victoire, un record d’abstentions et un FN qui veut "se transformer" (synthèse)

Par Admin 2017-05-08 07:13:56

Le candidat centriste, 39 ans, va devenir le huitième président de la Ve République, le plus jeune de l’Histoire, en obtenant près de 65,7% des voix face à la candidate d’extrême droite (34,3%), selon les estimations actualisées dimanche soir. En fin de soirée, M. Macron a retrouvé ses partisans, qui s’étaient massés par milliers devant la pyramide du Louvre, après une traversée solennelle de la cour de l’ancien palais royal, sous les notes de l’hymne européen.

Emmanuel Macron le soir de sa victoire au second tour devenant ai si Président de la République

"Ce que nous avons fait (...) tout le monde nous disait que c’était impossible, mais ils ne connaissaient pas la France !", a-t-il jubilé. Mais le candidat a reconnu que sa large victoire n’était pas "un blanc-seing", disant qu’il ferait "tout pour" qu’il n’y ait plus "aucune raison de voter pour les extrêmes". "La tâche est immense (...) je vous servirai !", a-t-il martelé, avant d’être rejoint sur scène par son épouse Brigitte, de 24 ans son aînée.
Nouveau FN

En début de soirée, devant ses propres partisans réunis dans le bois de Vincennes, Marine Le Pen s’était réjouie, malgré la nette défaite, de son "résultat historique et massif" pour un parti "devenu la première force d’opposition". Elle devrait totaliser plus de 10 millions de voix, dépassant largement son record du premier tour (plus de 7,6 millions de voix). Son père Jean-Marie Le Pen, lui, avait peu progressé face à Jacques Chirac entre les deux tours en 2002.

Marine Le Pen a dans la foulée annoncé qu’elle entendait "proposer d’engager une transformation profonde" du Front National, "afin de constituer une nouvelle force politique que de nombreux Français appellent de leurs voeux".
"Le Front National, qui s’est engagé dans une stratégie d’alliances, doit se renouveler profondément afin d’être à la hauteur (...) des attentes des Français", a estimé la candidate FN devant ses partisans à Paris.

Quasiment au même moment, le numéro 2 du parti, Florian Philippot, indiquait sur le plateau de TF1 que le parti "va se transformer en une nouvelle force politique qui, par définition, n’aura plus le même nom".

Abstention, blancs et nuls au plus haut

Entre l’abstention et les votes blancs et nuls, un Français sur trois a refusé de choisir dimanche entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, un niveau record depuis 1969.

Selon les résultats du ministère de l’Intérieur à 23H00 portant sur plus de 80% des électeurs, l’abstention est de 24,52%, un chiffre plus élevé qu’au premier tour (22,63%) et le plus haut enregistré depuis la présidentielle de 1969 (31,4%).

Outre cette abstention élevée, le ministère dénombre un nombre record de bulletins blancs et nuls qui approcherait les 12% des votants ou 9% des inscrits.
"Cela ferait au total un Français sur trois qui aurait choisi de ne pas choisir entre les deux candidats. C’est vraiment beaucoup pour une présidentielle", constate auprès de l’AFP Anne Jadot, maître de conférences en science politique à l’université de Lorraine.

Entre l’abstention, les votes blancs et nuls, plus d’un Français sur trois a refusé de choisir dimanche entre les deux candidats. "Marine Le Pen arrive troisième de ce deuxième tour, après M. Macron, et l’abstention et les votes blancs", a d’ailleurs affirmé le leader de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon, qui n’avait pas appelé à voter Macron.

Exploit retentissant

Emmanuel Macron accomplit un exploit retentissant : jamais élu auparavant, comme Charles de Gaulle ; et plus jeune des 25 présidents de la République juste devant Louis Napoléon-Bonaparte (40 ans en 1848).

Natif d’Amiens, cet énarque, inspecteur des finances puis banquier d’affaires, accède à l’Elysée sans jamais avoir été parlementaire.

Secrétaire général adjoint et conseiller économique du président Hollande depuis 2012, il est sorti de l’anonymat en entrant en 2014 au ministère de l’Economie où il est resté moins de deux ans.

"Pas d’état de grâce"

A la tête d’En Marche ! créé il y a un an, avec son programme "et de droite, et de gauche", il a écarté les deux grands partis de gouvernement, le PS et Les Républicains (LR), boutés hors de l’Elysée pour la première fois depuis 1981.

Malgré le renfort du souverainiste Nicolas Dupont-Aignan et un début d’entre-deux tours poussif de M. Macron, Marine Le Pen a lourdement buté sur la dernière marche, avec une prestation lors du duel télévisé qui a déçu jusque dans ses propres rangs.

Emmanuel Macron doit désormais dévoiler son Premier ministre et la composition de son gouvernement avant de solliciter une majorité aux législatives (11-18 juin).

Le mandat de François Hollande expire officiellement dimanche prochain et la passation aura lieu durant le week-end. M. Macron accompagnera auparavant M. Hollande dès lundi pour les commémorations du 8 mai 1945, ainsi qu’à la Journée nationale des mémoires de l’esclavage mercredi, juste après le dernier Conseil des ministres du quinquennat Hollande.

"Je n’aurai pas d’état de grâce", a lui-même prévenu M. Macron vendredi. Pour sa première apparition, dans une déclaration télévisée depuis son QG, l’air et le ton grave, M. Macron avait estimé que sa "responsabilité" serait "d’apaiser les peurs, de nous faire renouer avec l’optimisme", promettant d’agir avec "humilité, dévouement et détermination".

Succès relativisé

Si la presse française et internationale salue une victoire contre le "populisme", plusieurs journaux relativisent le succès. Emmanuel Macron sera "le président dont la légitimité sortie des urnes sera, probablement, la plus rapidement remise en cause", juge ainsi Le Monde.

Premières mesures annoncées

L’une des premières mesures annoncées est le dépôt d’une loi sur la "moralisation politique". M. Macron souhaite par ailleurs "dès l’été" réformer le droit du travail par ordonnances, malgré l’opposition du PS, du PCF et de la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon.
En Marche ! doit trancher cette semaine les délicates investitures pour les législatives, avec une force place promise au "renouvellement".

PS et LR

Principal parti de l’Assemblée sortante mais balayé de la présidentielle avec les 6% de Benoît Hamon, le PS est en grand danger, pris en tenaille entre MM. Macron et Mélenchon.

Absente du second tour pour la première fois depuis 1958 après l’élimination de François Fillon, la droite tentera d’imposer à M. Macron une cohabitation, avec François Baroin comme meneur de campagne.

Mais plusieurs responsables de la droite pourraient être tentés de rejoindre M. Macron, tel Bruno Le Maire, prêt à "travailler dans une majorité de gouvernement". Si tel est le cas, il aura un adversaire LR aux législatives, a répliqué M. Baroin.

A l’Elysée, François Hollande a "félicité chaleureusement" son ex-conseiller dont la "large victoire" confirme l’attachement "aux valeurs de la République" et "à l’Union européenne".

A l’étranger, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker et la chancelière allemande Angela Merkel, première dirigeante avec qui a conversé M. Macron après son élection, ont salué une bonne nouvelle pour l’Europe.

Le président américain Donald Trump a félicité le vainqueur pour sa "large victoire".

Jean Louis KAGAHE
Source : AFP

Emmanuel Macron le soir de sa victoire au second tour devenant ai si Président de la République
Emmanuel Macron le soir de sa victoire au second tour devenant ai si Président de la République
image

3 Comments

Join the Conversation