Les contradictions du Président Ndayishimiye sur les FDLR et la présence burundaise en RDC
Dans son interview accordée à Jeune Afrique, le président burundais Évariste Ndayishimiye a multiplié les déclarations contradictoires concernant la présence des troupes burundaises en République démocratique du Congo et la question sensible des FDLR.
D’un côté, le chef de l’État burundais reconnaît clairement que les soldats burundais opérant en RDC sont placés sous le commandement des FARDC.
« Aujourd’hui, nos hommes sont placés sous le commandement des Forces armées de la République démocratique du Congo. Ce sont elles qui les déploient, et nous sommes là pour leur venir en appui », a-t-il déclaré.
Cette affirmation signifie que les troupes burundaises agissent dans une coalition militaire dirigée par l’armée congolaise. Or, depuis plusieurs années, de nombreux rapports des Nations unies et d’experts indépendants évoquent des collaborations entre certaines unités des FARDC et les FDLR, groupe armé fondé par d’anciens responsables du génocide contre les Tutsi de 1994 au Rwanda.
Quelques instants plus tard dans l’entretien, interrogé justement sur cette collaboration entre FARDC et FDLR, le président burundais tente pourtant de prendre ses distances :
« Les unités burundaises ont leur secteur et les FARDC, le leur. J’ajoute que les différentes unités ne peuvent pas se mélanger parce qu’elles n’ont pas les mêmes stratégies de combat ».
Cette réponse crée une incohérence majeure.
Comment les soldats burundais peuvent-ils être placés sous le commandement opérationnel des FARDC tout en affirmant qu’ils ne se mélangent pas avec elles et qu’ils évoluent séparément ? Dans une opération militaire coordonnée, les chaînes de commandement, les objectifs et les mouvements des troupes sont normalement interconnectés.
La contradiction devient encore plus visible lorsqu’il affirme :
« Nous sommes tous d’accord pour combattre les FDLR, y compris Félix Tshisekedi. Ce qui est plus difficile, c’est de trouver les capacités opérationnelles pour le faire ».
Cette déclaration soulève à son tour plusieurs interrogations politiques et militaires. Si les FARDC combattent réellement les FDLR, pourquoi les rapports internationaux continuent-ils de documenter leur coopération sur le terrain contre le M23 ? Et si les troupes burundaises opèrent sous le commandement des FARDC, comment peuvent-elles garantir qu’elles ne se retrouvent jamais aux côtés de groupes armés accusés d’être alliés à certaines unités congolaises ?
Au-delà de ces contradictions, cette interview révèle surtout les difficultés des autorités régionales à maintenir un discours cohérent sur le conflit de l’Est de la RDC. Entre alliances militaires changeantes, pressions diplomatiques et réalités du terrain, les déclarations officielles semblent parfois davantage guidées par la communication politique que par une ligne stratégique claire.
La question des FDLR demeure particulièrement sensible pour la région des Grands Lacs. Ce groupe représente une menace sécuritaire et idéologique persistante pour le Rwanda et la region en raison de son héritage lié au génocide contre les Tutsi. Toute ambiguïté sur son traitement ou sur d’éventuelles collaborations militaires alimente ainsi la méfiance et les tensions régionales.
En cherchant à répondre à toutes les critiques à la fois, le président Ndayishimiye finit par tenir des propos qui se contredisent eux-mêmes, laissant apparaître les zones grises d’une coalition militaire dont les objectifs réels continuent de susciter des interrogations.