Le Royaume-Uni va juger pour la première fois un homme accusé de crimes liés au génocide contre les Tutsi

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  • September 22, 2026
  • il y a 2 hours
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LONDRES — Le Royaume-Uni s’apprête à ouvrir une nouvelle page dans la poursuite judiciaire des personnes soupçonnées d’avoir participé au Génocide contre les Tutsi au Rwanda en 1994. Vincent Brown, anciennement connu sous le nom de Vincent Bajinya, comparaît ce mardi 22 septembre 2026 devant le tribunal de Westminster, à Londres.

Il s’agit de la première fois que le Crown Prosecution Service (CPS), le parquet britannique, engage des poursuites pour des infractions liées au Génocide contre les Tutsi commis au Rwanda en 1994.

Vincent Brown est accusé d’avoir participé à des actes liés au génocide et d’avoir encouragé d’autres personnes à commettre des meurtres. Les accusations portent notamment sur des faits qui auraient été commis à Kigali pendant le génocide.

Le CPS a annoncé que la décision de poursuivre Brown avait été prise après l’examen des éléments recueillis par l’unité de la police britannique chargée des enquêtes sur les crimes de guerre.

Frank Ferguson, directeur de la division du CPS chargée des crimes graves et du terrorisme, a déclaré que les accusations étaient liées au rôle que Brown aurait joué pendant le Génocide contre les Tutsi.

« Il est accusé d’avoir dirigé et encouragé d’autres personnes à commettre des meurtres et un génocide », a-t-il déclaré.

Selon le CPS, le dossier a atteint le seuil légal requis pour engager des poursuites. L’accusé bénéficie toutefois de la présomption d’innocence et les faits qui lui sont reprochés devront être établis devant la justice.

Une enquête de plusieurs années

L’affaire est l’aboutissement d’une enquête menée pendant plusieurs années par les autorités britanniques.

Selon la police britannique, l’enquête sur Brown a débuté en septembre 2019, à la suite d’une demande des autorités rwandaises concernant des personnes soupçonnées d’avoir participé aux crimes commis au Rwanda en 1994.

Les enquêteurs ont travaillé avec différents partenaires au Rwanda et à l’étranger afin de recueillir et d’examiner des éléments susceptibles d’être utilisés dans une procédure judiciaire.

Après l’examen du dossier, le CPS a estimé que les critères juridiques permettant d’engager des poursuites étaient remplis.

Cette procédure marque donc une évolution importante dans la manière dont le Royaume-Uni traite les dossiers concernant des suspects du Génocide contre les Tutsi vivant sur son territoire.

Un homme recherché depuis plusieurs années

Vincent Brown, aujourd’hui âgé de 65 ans, est l’un des cinq Rwandais vivant au Royaume-Uni qui ont longtemps été visés par les demandes de justice du Rwanda pour leur rôle présumé dans le Génocide contre les Tutsi.

Les quatre autres sont Emmanuel Nteziryayo, ancien bourgmestre de Mudasomwa, Charles Munyaneza, ancien bourgmestre de Kinyamakara, Célestin Ugirashebuja, ancien bourgmestre de Kigoma, et Célestin Mutabaruka, ancien responsable du projet Crête Zaïre-Nil à Gikongoro.

Les cinq hommes ont fait l’objet de longues procédures judiciaires au Royaume-Uni concernant une éventuelle extradition vers le Rwanda.

En juin 2008, un tribunal britannique avait initialement autorisé leur extradition vers le Rwanda. Cette décision avait toutefois été annulée par la Cour d’appel britannique en avril 2009.

Les cinq hommes ont de nouveau été arrêtés en mai 2013, à la suite d’une demande du Rwanda visant à permettre leur jugement dans le pays.

En décembre 2015, la justice britannique a finalement refusé leur extradition vers le Rwanda, décision confirmée par la Haute Cour en juillet 2017.

En janvier 2018, des représentants du parquet rwandais se sont rendus à Londres pour demander aux autorités britanniques d’enquêter sur les suspects et, le cas échéant, de les poursuivre au Royaume-Uni si leur transfert au Rwanda n’était pas possible.

De Vincent Bajinya à Vincent Brown

Vincent Brown est né le 28 février 1961 dans l’ancienne préfecture de Gisenyi, aujourd’hui dans le district de Nyabihu.

Il a étudié la médecine à l’Université nationale du Rwanda, à Butare, et a ensuite exercé comme médecin au Rwanda, notamment à l’hôpital Roi Fayçal de Kigali et à l’Office national de la population (ONAPO).

Il aurait également effectué une partie de sa formation à l’étranger, notamment en Belgique et au Canada.

Après le Génocide contre les Tutsi, il a quitté le Rwanda et s’est rendu au Kenya avec sa famille. Il est arrivé au Royaume-Uni en 1999 avec son épouse et leurs deux enfants et s’est installé à Islington, dans le nord de Londres.

En 2004, il a changé son nom de Vincent Bajinya à Vincent Brown. Il avait expliqué à l’époque que ce changement était destiné à faciliter la vie de ses enfants, notamment leur parcours scolaire.

Son changement de nom avait cependant été examiné par la justice britannique dans le cadre des procédures engagées contre lui.

Des accusations remontant à 1994

Les accusations portées contre Brown concernent principalement des événements qui se seraient déroulés à Kigali pendant le Génocide contre les Tutsi.

Des témoignages recueillis au cours de différentes enquêtes l’ont notamment accusé d’avoir joué un rôle dans l’organisation ou l’encouragement de violences contre les Tutsi dans le secteur de Rugenge.

Une enquête de la BBC réalisée en 2006 avait recueilli les témoignages de personnes affirmant avoir été témoins de son implication présumée dans des actes de violence.

Ces témoignages font partie des éléments qui ont été examinés au fil des années par différentes autorités judiciaires et policières.

Le président de l’association Ibuka, Dr Philbert Gakwenzire, a déclaré que les organisations de survivants du Génocide contre les Tutsi souhaitaient que les personnes soupçonnées d’avoir participé aux crimes soient traduites en justice.

Selon lui, Vincent Bajinya faisait partie des personnes dont le rôle pendant le génocide avait été signalé depuis longtemps.

Une première procédure pénale au Royaume-Uni

L’importance de cette affaire tient notamment au fait que le Royaume-Uni ne cherche plus uniquement à déterminer si le suspect peut être extradé vers le Rwanda.

Cette fois, les autorités britanniques ont engagé une procédure pénale sur leur propre territoire, sur la base de leur législation concernant les crimes internationaux.

Le CPS a précisé que les décisions de poursuites sont prises indépendamment, sur la base des preuves disponibles et conformément aux exigences de la loi.

La comparution de Vincent Brown devant le tribunal de Westminster constitue ainsi la première procédure de ce type engagée au Royaume-Uni contre une personne soupçonnée d’infractions liées au Génocide contre les Tutsi au Rwanda.

La procédure est toutefois à ses débuts. Les accusations devront être examinées par les tribunaux britanniques et aucune conclusion définitive sur la culpabilité de l’accusé ne peut être tirée avant l’issue du procès.

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