Deux officiers burundais détenus en RDC : l’armée burundaise reconnaît leur arrestation
Après plusieurs démentis et mises au point autour du sort de deux officiers burundais déployés en République démocratique du Congo (RDC), l’armée burundaise a finalement reconnu leur arrestation.
Le porte-parole de la Force de défense nationale du Burundi (FDNB), le Général de Brigade Gaspard Baratuza, a confirmé que le Major Jérémie Nitunga et le Capitaine Félicien Kanjori se trouvent en RDC, tout en démentant qu’ils soient détenus à Kinshasa.
S’exprimant mardi à Ngozi lors de la conférence des porte-parole des institutions de l’État, Baratuza a indiqué que les deux militaires se trouvent au quartier général de l’armée à Baraka, dans la province du Sud-Kivu, où ils font l’objet d’une enquête.
Selon le porte-parole, les deux officiers s’étaient rendus dans une position militaire où les forces burundaises avaient installé un dispositif. Ils auraient commencé à filmer les lieux, ce qui aurait conduit à leur arrestation afin de déterminer les raisons pour lesquelles ils prenaient ces images.
Baratuza a assuré que l’armée burundaise suivait de près les investigations et appelé à attendre leurs conclusions.
Cette déclaration intervient alors que des informations avaient circulé selon lesquelles les deux officiers avaient été arrêtés par les forces congolaises et transférés à Kinshasa. Un précédent rapport de SOS Médias Burundi avait également fait état de leur arrestation dans le contexte d’une enquête après une frappe de drone contre l’hôtel Mwalu à Fizi, tout en soulignant que les circonstances exactes et les charges retenues n’étaient pas officiellement établies.
Le FOCODE s’interroge sur leur sort judiciaire
L’affaire préoccupe également le Forum pour la Conscience et le Développement (FOCODE), organisation burundaise de défense des droits humains.
Le FOCODE soulève notamment une question particulièrement sensible : que se passerait-il si les deux militaires burundais étaient condamnés à mort par une juridiction congolaise ?
La question est d’autant plus sensible que la RDC a levé en 2024 son moratoire sur la peine capitale. Le gouvernement congolais avait alors expliqué que cette mesure concernait notamment les militaires reconnus coupables de trahison. Depuis, des tribunaux militaires congolais ont effectivement prononcé des condamnations à mort dans plusieurs affaires.
Le FOCODE estime que cette situation mérite une clarification de la part des autorités burundaises, notamment sur le statut juridique des militaires burundais engagés en RDC et sur la juridiction compétente pour connaître d’éventuelles infractions commises dans le cadre de leur mission.
Coopération militaire ou statut de mercenaires ?
Le FOCODE va plus loin dans son analyse et conteste la manière dont la présence des militaires burundais en RDC est présentée.
Selon cette organisation, si les deux officiers étaient véritablement engagés dans le cadre d’une coopération militaire entre deux États, leur situation devrait, selon elle, relever de la justice militaire burundaise lorsqu’il s’agit d’actes commis dans l’exercice de leur mission.
Le FOCODE considère ainsi que les circonstances de leur arrestation soulèvent des interrogations sur le statut réel des forces burundaises déployées en RDC, allant jusqu’à les qualifier de mercenaires opérant pour le compte de Kinshasa.
Cette qualification constitue toutefois la position du FOCODE et ne correspond pas à la présentation officielle de Bujumbura. Le gouvernement burundais affirme que ses forces sont présentes en RDC dans un cadre légal et dans le cadre de la coopération sécuritaire avec Kinshasa.
Une question de souveraineté militaire
Au-delà du cas du Major Jérémie Nitunga et du Capitaine Félicien Kanjori, l’affaire pose donc une question plus large sur le statut des militaires burundais engagés dans les opérations en RDC.
Si ces militaires sont considérés comme faisant partie d’une force nationale déployée dans le cadre d’un accord entre deux États, leur chaîne de commandement, leur protection juridique et les procédures disciplinaires auxquelles ils sont soumis devraient être clairement définies.
À l’inverse, si des militaires burundais peuvent être arrêtés, détenus et éventuellement jugés par les autorités congolaises pour des faits commis pendant leur mission, la question de leur statut juridique et des accords encadrant leur présence en RDC devient incontournable.
Pour le moment, les autorités burundaises affirment qu’une enquête est en cours et demandent d’en attendre les conclusions.
Le dossier du Major Nitunga et du Capitaine Kanjori pourrait ainsi devenir un test important pour les relations militaires entre Bujumbura et Kinshasa, particulièrement sur la question de la responsabilité pénale des militaires étrangers opérant sur le territoire congolais.