Dafroza Gauthier, figure de la lutte contre l’impunité du génocide, est décédée

  • La Nouvelle Releve
  • October 3, 2026
  • il y a 2 hours
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Dafroza Mukarumongi Gauthier, cofondatrice d’une organisation basée en France qui œuvrait pour que les personnes soupçonnées d’avoir participé au génocide perpétré contre les Tutsi en 1994 soient traduites en justice, est décédée à l’âge de 72 ans.

L’annonce de son décès, survenu à la suite d’une maladie, a commencé à circuler ce samedi 3 octobre 2026.

En 2001, Dafroza Gauthier et son mari, Alain Gauthier, ont fondé le Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR). L’organisation recueillait des témoignages et des preuves au Rwanda et constituait des dossiers judiciaires transmis aux autorités françaises afin que les personnes soupçonnées de crimes soient poursuivies.

Pour leur engagement, le couple a été décoré au Rwanda. Le 18 novembre 2017, le président Paul Kagame leur a décerné l’Ordre de l’« Impeta », en reconnaissance de leur contribution à la poursuite en justice des personnes soupçonnées d’avoir participé au génocide et à la promotion de l’image du Rwanda à l’international.

Un engagement constant pour la justice en France

Dafroza et Alain Gauthier ont commencé leur travail en faveur de la justice dès 1996. Ils se sont rendus au Rwanda pour rencontrer des rescapés du génocide, recueillir leurs témoignages et rechercher des informations sur les personnes soupçonnées d’avoir participé au génocide.

Leur travail consistait notamment à identifier en France les personnes soupçonnées de crimes liés au génocide, à se rendre au Rwanda pour recueillir des preuves sur les lieux où les crimes avaient été commis, à rencontrer des rescapés ainsi que des détenus, et à constituer des dossiers transmis à la justice française.

Sa maîtrise du kinyarwanda, sa connaissance de l’histoire du Rwanda et sa formation ont permis à Dafroza de traduire et d’interpréter des documents utilisés dans les procès devant les juridictions françaises.

Dafroza et Alain Gauthier ont contribué à une trentaine de dossiers de plaintes déposées en France contre des Rwandais soupçonnés d’avoir participé au génocide. Parmi ces affaires figure celle d’Eugène Rwamucyo, condamné en 2024 à 27 ans de réclusion criminelle pour complicité de génocide et de crimes contre l’humanité.

En dehors des procédures judiciaires, Dafroza et son mari intervenaient également dans des écoles et des universités pour enseigner l’histoire du génocide et lutter contre sa négation.

Une histoire personnelle marquée par les violences contre les Tutsi

Dafroza Mukarumongi Gauthier est née à Butare le 4 août 1954. Elle a été confrontée très jeune aux persécutions visant les Tutsi. Son père a été tué lors des massacres de 1963 à Gikongoro, alors qu’elle n’avait que neuf ans.

Elle a ensuite quitté le Rwanda après les violences commises contre les Tutsi en 1973 et s’est installée en France, où elle a épousé Alain Gauthier. Le couple a eu trois enfants.

En février 1994, elle est revenue à Kigali pour rendre visite à sa famille. Elle a toutefois quitté le pays après que sa mère l’eut avertie de la dégradation de la situation sécuritaire. Dafroza avait tenté de convaincre les membres de sa famille de fuir, sans succès.

Pendant le génocide perpétré contre les Tutsi, près de 80 membres de sa famille ont été tués, parmi lesquels sa mère, Suzana Mukamusoni, abattue en avril 1994.

À la suite de cette tragédie, Dafroza a décidé de consacrer une grande partie de sa vie à faire en sorte que la mémoire des victimes du génocide soit préservée et que les personnes soupçonnées d’avoir participé à ces crimes soient traduites en justice.

L’engagement de Dafroza et d’Alain Gauthier est retracé dans un ouvrage publié en 2023, intitulé Rwanda, à la poursuite des génocidaires, écrit par le journaliste Thomas Zribi.

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