L’ancien responsable de l’ONU accusé de crimes pendant le génocide perpétré contre les Tutsi meurt sans avoir comparu devant la justice
Callixte Mbarushimana, ancien employé du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) au Rwanda, est mort sans avoir été jugé pour les crimes qui lui étaient reprochés pendant le Génocide contre les Tutsi de 1994.
Lorsque le Génocide contre les Tutsi a commencé en avril 1994 et que les Nations unies ont retiré la majeure partie de leur force de maintien de la paix, qui comptait alors environ 2 500 soldats, Callixte Mbarushimana travaillait comme technicien informatique au sein du PNUD au Rwanda.
Selon un acte d’accusation préparé par un procureur du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), Mbarushimana se serait autoproclamé responsable du PNUD après le retrait d’une partie du personnel international. Il aurait alors pris le contrôle de certains biens de l’organisation, notamment des radios Motorola et plus de 25 véhicules des Nations unies.
Ces équipements auraient ensuite été mis à la disposition des forces armées rwandaises, qui les auraient utilisés dans leurs opérations contre les Tutsi. L’acte d’accusation l’accusait également d’avoir communiqué aux militaires et aux miliciens les lieux où se cachaient des employés tutsi du PNUD.
« Durant les mois d’avril, mai et juin 1994, Callixte Mbarushimana, contrairement à son devoir de protéger les employés du PNUD contre les menaces, les violences ou les assassinats, a communiqué aux soldats, aux gardes, aux Interahamwe, à d’autres miliciens et/ou aux civils armés les lieux où se cachaient des employés tutsi du PNUD », indiquait l’acte d’accusation.
Florence Ngirumpatse parmi les victimes
Parmi les personnes tuées figurait Florence Ngirumpatse, responsable du personnel au sein des Nations unies. Elle a été assassinée à son domicile avec dix autres personnes, dont deux enfants âgés de huit ans, selon des témoignages présentés devant le TPIR.
Les meurtres, commis entre avril et mai 1994, avaient été attribués à des hommes placés sous le commandement de Mbarushimana.
Entre le 10 et le 17 avril 1994, Mbarushimana aurait également conduit un groupe de soldats et de miliciens au domicile d’Augustine Ntashamanje, chauffeur du Programme alimentaire mondial (PAM).
Selon le même acte d’accusation, les assaillants y auraient tué toutes les personnes identifiées comme appartenant au groupe tutsi, dans le cadre des violences visant à détruire, en tout ou en partie, la population tutsi en tant que groupe.
L’acte d’accusation, qui s’appuyait notamment sur les témoignages d’anciens employés des Nations unies, d’anciens miliciens et de survivants, accusait Mbarushimana d’avoir participé à la mort de 32 personnes.
Une affaire abandonnée par le TPIR
Malgré la gravité des accusations, Mbarushimana n’a finalement pas été jugé pour ces faits devant le TPIR.
L’acte d’accusation n’avait jamais été signé par la procureure en chef du tribunal, Carla Del Ponte, qui a finalement abandonné les poursuites.
Après le génocide, Mbarushimana a poursuivi son engagement au sein des milieux liés aux anciennes forces génocidaires et est devenu par la suite l’un des dirigeants des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé actif dans l’est de la République démocratique du Congo.
Sa mort met ainsi fin à la vie d’un homme dont le nom reste associé à de graves accusations concernant son rôle présumé dans les massacres de 1994, sans qu’il ait finalement comparu devant une juridiction pour répondre de ces accusations.