Santé-Rwanda :le dépistage des maladies non transmissibles s’étend au niveau des villages
Dans le cadre du renforcement des soins de santé primaires, le Rwanda a lancé, le 5 septembre 2025, l’extension du programme « Healthy Heart Africa » (HHA) qui permet le dépistage et la prévention des maladies non transmissibles (MNT) au niveau des villages. Grâce à cette initiative, les agents de santé communautaires peuvent assurer un dépistage précoce, contribuer au diagnostic et suivre les patients directement au sein de leurs communautés.
Le projet pilote est mené au centre de santé de Kabarore, dans le district de Gatsibo. Il s’inscrit dans le cadre de l’initiative HHA d’AstraZeneca, en partenariat avec le Rwanda Biomedical Centre (RBC) et PATH. Initialement centré sur l’hypertension, le programme intègre la prévention et la prise en charge de l’insuffisance rénale chronique (IRC) dans le système de santé primaire.
Cette extension intervient dans un contexte préoccupant: plus de 850 millions de personnes souffrent de maladies rénales dans le monde, dont près de 15,8 % en Afrique, un taux nettement supérieur à la moyenne mondiale. Elle répond également à la récente résolution de l’Assemblée mondiale de la santé sur la santé rénale, qui exhorte les gouvernements à prioriser la prévention et le dépistage précoce de l’IRC.
Le Dr François Uwinkindi, chef de la division des MNT au RBC, a souligné l’importance de cette évolution : « L’intégration de la prévention et de la prise en charge de l’IRC dans notre système de santé est essentielle pour sauver des vies. Les agents de santé communautaires pourront désormais dépister les personnes à domicile et orienter celles présentant des anomalies vers des structures de santé proches. »
Il a ajouté que le Rwanda veut rapprocher le dépistage des populations, au-delà des hôpitaux de référence comme Kanombe ou le CHUK, dans la logique de la couverture sanitaire universelle et de la décentralisation des soins.
Dans cette nouvelle phase, les agents de santé communautaires, déjà impliqués dans les soins maternels et infantiles, joueront aussi un rôle dans l’identification et le suivi des patients atteints d’hypertension, de diabète et d’IRC.

Pour Eugénie Twagiramariya, agente de santé communautaire du village de Kabeza, cette initiative est une avancée concrète : « Cela aide les habitants qui ne consultent pas souvent un médecin. Comme nous vivons avec eux au quotidien, nous pouvons les visiter, contrôler leur état de santé et les orienter si nécessaire. »
Un problème de santé publique grandissant
Le rapport sur les statistiques de 2024 indique que près de la moitié des décès enregistrés dans les établissements de santé au Rwanda sont liés aux MNT (diabète, maladies cardiovasculaires, cancers). De nombreux patients en Afrique ne sont diagnostiqués qu’à un stade avancé, quand la dialyse ou la transplantation sont les seules solutions.
Une étude publiée dans BMC Health Services Research estime la prévalence de l’IRC à 15,8 % en Afrique et 13,9 % en Afrique subsaharienne. L’hypertension, l’obésité et les modes de vie à risque aggravent la situation et pèsent lourdement sur les familles comme sur le système de santé.
Deepak Arora, président d’AstraZeneca pour le cluster africain, qui a participé virtuellement au lancement, a insisté : « Plus de 75 % des patients atteints d’IRC en Afrique sont diagnostiqués à un stade avancé. La prévention et l’intervention précoce doivent absolument être intégrées aux soins primaires. »
Selon lui, HHA constitue un modèle évolutif de renforcement des systèmes de santé, reposant sur des partenariats public-privé.
Dr Florence Sibomana, responsable de PATH Rwanda, a expliqué que l’initiative se poursuivra jusqu’en 2027 dans 53 centres de santé et 7 hôpitaux de district répartis entre Gatsibo, Gakenke et Nyarugenge.
« En trois ans, nous avons dépisté des milliers de personnes souffrant d’hypertension et de diabète. L’ajout des soins rénaux comble une lacune majeure en matière de diagnostic précoce et de suivi. Notre objectif est d’assurer l’équité, en donnant accès aux soins même aux habitants des zones rurales. »
Lancée au Kenya en 2014 et désormais active dans neuf pays africains, l’initiative Healthy Heart Africa a déjà permis plus de 75 millions de dépistages de l’hypertension et formé plus de 11 000 professionnels de santé. Son extension au Rwanda rapproche encore davantage les services vitaux des communautés et contribue à alléger le fardeau croissant des MNT par la prévention, le dépistage précoce et les soins intégrés.
