Négationnisme depuis Paris : quand Agathe Kanziga falsifie l’histoire du Rwanda à l’approche de #Kwibuka32
À l’approche de la 32ᵉ commémoration du Génocide perpétré contre les Tutsi, #Kwibuka32, le Rwanda est une nouvelle fois confronté à une entreprise de négation et de minimisation de son histoire tragique. Cette fois-ci, l’offensive vient de Paris, à travers une interview accordée par Agathe Kanziga Habyarimana, veuve de l’ancien président Juvénal Habyarimana, figure centrale et controversée de la Deuxième République, elle-même accusée d’avoir joué un rôle majeur dans la préparation et l’exécution du génocide de 1994.
Relayée sous le hashtag trompeur #Amateka (Histoire), cette interview, réalisée par Wilfried Kabera, prétend revisiter l’histoire récente du Rwanda à travers le regard de l’ancienne Première dame. En réalité, elle constitue un concentré de mensonges, d’omissions délibérées et de réécritures cyniques de faits historiques pourtant abondamment documentés.
Une histoire amputée de ses crimes fondateurs
Dès les premières minutes, l’interview se distingue par un silence assourdissant sur les pogroms anti-Tutsi de 1959 à 1964, ainsi que sur le génocide de Gikongoro de 1963. Ces violences, qui ont marqué l’installation durable de l’idéologie d’exclusion ethnique au Rwanda, sont pourtant survenues alors que Juvénal Habyarimana, fiancé puis mari d’Agathe Kanziga, occupait déjà des postes de commandement au sein de l’armée.
Le même silence entoure les persécutions massives des Tutsi dans les écoles en février 1973, au moment où Habyarimana était ministre de la Garde nationale. Ces événements ont servi de prélude au coup d’État de juillet 1973 et à l’instauration d’un régime fondé sur la discrimination institutionnalisée.
Des mensonges historiques grossiers
L’interview verse ensuite dans le mensonge éhonté. Agathe Kanziga affirme que le massacre des politiciens de la Première République serait l’œuvre isolée de Théoneste Lizinde, insinuant que le président Habyarimana en aurait été affecté. Or, il est historiquement établi que ces assassinats ont été ordonnés par Habyarimana lui-même, qui alla jusqu’à exiler les familles des victimes dans leurs préfectures d’origine, leur interdisant formellement de résider à Kigali.
Plus grave encore, elle ose affirmer que le président Habyarimana « prenait soin » de l’ancien président Grégoire Kayibanda et de son épouse. Les faits démontrent pourtant que le couple Kayibanda est mort dans des conditions de détention inhumaines, privés de nourriture et de soins, jusqu’à en mourir de faim.
La négation de la discrimination et de la violence politique
Agathe Kanziga tente également de réduire la discrimination ethnique et régionale de la Deuxième République à une simple « impression », héritée du recrutement colonial belge. Cette affirmation occulte volontairement une réalité largement documentée : sous le régime Habyarimana, la discrimination était systématique, notamment dans l’accès à l’éducation et à l’emploi, au détriment des Tutsi et de certaines régions du pays.
L’interview passe sous silence les assassinats politiques des années 1980, notamment ceux de la députée Félicula Nyiramutarambirwa, du journaliste Silvio Sindambiwe et de l’ancien ministre François Muganza, tous éliminés pour avoir dénoncé la corruption, l’injustice et l’ethnisation du pouvoir.
L’Akazu, les massacres et le génocide : le silence total
Aucune mention n’est faite de l’Akazu, également connu sous le nom de « Réseau Zéro », cette structure informelle mais redoutable créée par Agathe Kanziga elle-même avec ses proches, pour contrôler les institutions, accaparer les ressources de l’État et persécuter les opposants politiques et les Tutsi.
L’interview ignore également les massacres des Tutsi des années 1990 à Murambi, Bugesera, Mukingo, Kibilira, Kibuye et ailleurs, orchestrés par le parti présidentiel MRND, véritables répétitions générales du génocide.
Elle passe enfin sous silence le massacre, le 7 avril 1994, des leaders de l’opposition démocratique, souvent exécutés avec leurs familles par la Garde présidentielle, dont plusieurs éléments venaient directement de la résidence présidentielle de Kanombe.
Et surtout, fait le plus révélateur : pas un seul mot sur le Génocide perpétré contre les Tutsi. Celui-ci est cyniquement réduit à une simple « guerre ». Aucun mot d’empathie pour plus d’un million de Rwandais – hommes, femmes et enfants – exterminés par une machine génocidaire à laquelle le régime Habyarimana, l’Akazu et la milice Interahamwe, créée sous son autorité, ont activement participé.
Une propagande intolérable au « pays des droits de l’homme »
Il est pour le moins sidérant que près de 32 ans après un génocide établi par une juridiction internationale, reconnu par les Nations unies et enseigné dans les universités du monde entier, une propagande aussi grossièrement négationniste puisse être produite et diffusée depuis la France, pays qui se revendique des droits de l’homme.
Comme l’a justement rappelé le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, dans un tweet cinglant, il ne s’agit pas d’un débat d’idées, mais d’une tentative délibérée de falsification de l’histoire et d’insulte à la mémoire des victimes.
À l’heure de #Kwibuka32, le devoir de mémoire impose une vigilance accrue. L’histoire du Rwanda n’appartient ni aux bourreaux ni à leurs apologistes. Elle appartient aux victimes, aux survivants et à la vérité.