Le Rwanda s’allie à un groupe minier américain pour renforcer son rôle dans le marché stratégique du tungstène
Un accord entre le Rwanda et la société américaine Almonty Industries ouvre une nouvelle étape dans le développement de la filière tungstène et dans les efforts occidentaux visant à diversifier les sources d’approvisionnement en minerais stratégiques.
Le Rwanda vient de franchir une nouvelle étape dans le développement de son secteur minier avec la conclusion d’un accord avec Almonty Industries Inc., une société minière américaine spécialisée dans le tungstène.
Selon les termes de l’accord contraignant annoncé le 14 septembre, le Rwanda détiendra 25 % d’une entité locale d’Almonty Industries, en apportant notamment une concession d’exploration ainsi qu’une licence de traitement. Almonty conservera les 75 % restants.
Un minerai devenu stratégique
Le tungstène est devenu un minerai particulièrement stratégique pour les économies occidentales. Il est utilisé notamment dans les semi-conducteurs et dans certaines applications militaires.
Cette importance s’est accrue alors que la Chine domine largement la production mondiale et surtout le traitement du tungstène. Les restrictions chinoises à l’exportation ont contribué à faire grimper fortement les prix du minerai. Selon Bloomberg, les prix ont été multipliés par plus de huit depuis que Pékin a placé certains produits à base de tungstène sous contrôle des exportations en février 2025.
L’accord avec le Rwanda s’inscrit ainsi dans une stratégie plus large des États-Unis et de leurs partenaires visant à sécuriser des chaînes d’approvisionnement en minerais critiques en dehors de la Chine.
Le gouvernement américain a contribué à la structuration du partenariat et lui a apporté un soutien politique, sans toutefois fournir de financement, selon le directeur général d’Almonty, Lewis Black. Le tungstène produit dans le cadre du partenariat devrait être destiné à des clients aux États-Unis, en Europe, au Japon et en Corée du Sud.
Miser d’abord sur les producteurs existants
Le partenariat ne prévoit pas d’attendre plusieurs années avant de disposer d’une production. Les partenaires comptent commencer par acquérir du minerai, des pré-concentrés et des résidus provenant de producteurs rwandais déjà agréés, notamment dans le secteur de la petite exploitation minière.
Ces matières pourront être commercialisées, améliorées ou exportées pendant que les partenaires travaillent à la mise en place d’une infrastructure permanente de collecte et de traitement au Rwanda.
Une unité mobile de traitement devrait également être déployée à proximité de certains bassins de résidus miniers. En parallèle, Almonty prévoit d’explorer la concession de Shyorongi, d’une superficie d’environ 32 km².
Pour Almonty, cette approche permettrait à la fois d’obtenir rapidement du tungstène et de préparer le développement d’une capacité nationale plus importante de collecte, de traitement et de production.
Le Rwanda, un fournisseur africain incontournable
Le Rwanda figure parmi les dix principaux producteurs mondiaux de tungstène et est, selon Bloomberg, le seul pays africain présent dans ce groupe. Cette position donne au pays une importance particulière dans les efforts visant à diversifier les approvisionnements mondiaux en tungstène.
Cette place est déjà renforcée par les activités d’autres opérateurs miniers. Trinity Metals, qui exploite notamment la mine de Nyakabingo, avait indiqué en juin que plus de 320 tonnes de concentré de haute qualité avaient été expédiées vers une installation de traitement en Pennsylvanie depuis la conclusion d’un accord d’enlèvement l’année précédente. Cette quantité représentait jusqu’à 20 % de la consommation américaine de concentré primaire de tungstène, selon Bloomberg.
Traçabilité et formalisation du secteur
Le développement de cette filière présente toutefois des défis, notamment en matière de traçabilité, de normes environnementales et de conditions de travail.
La chaîne d’approvisionnement rwandaise est alimentée par un secteur minier composé notamment de petits producteurs. L’enjeu sera donc de garantir que les minerais commercialisés dans le cadre du nouveau partenariat respectent les exigences des marchés occidentaux.
L’accord pourrait également contribuer à formaliser davantage le secteur. Lewis Black affirme que l’objectif est de travailler uniquement avec la production domestique issue de producteurs agréés et d’améliorer la traçabilité de la chaîne d’approvisionnement.
Une nouvelle dimension dans les relations Rwanda–États-Unis
Au-delà de l’investissement minier, le partenariat traduit le renforcement des liens commerciaux entre le Rwanda et les États-Unis autour des minerais critiques.
Pour Almonty, l’objectif est de moderniser et d’étendre l’industrie minière rwandaise tout en consolidant les relations commerciales et les chaînes d’approvisionnement à long terme entre les deux pays.
Dans un contexte marqué par la compétition mondiale autour des minerais stratégiques, le Rwanda cherche ainsi à transformer ses ressources minières en un levier de développement industriel et de partenariats internationaux.
Le tungstène pourrait désormais occuper une place encore plus importante dans cette stratégie.