États-Unis : ouverture du procès d’un Rwandais-Américain accusé de crimes liés au génocide contre les Tutsi

  • admin
  • October 14, 2026
  • il y a 11 hours
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Eric Nshimiye conteste les accusations portées contre lui et affirme que le dossier de l’accusation repose sur des témoignages oculaires peu fiables.

Le procès d’Eric Nshimiye, un Rwandais-Américain de 55 ans, s’est ouvert devant un tribunal fédéral à Boston, dans l’État du Massachusetts, aux États-Unis. Il est poursuivi pour parjure et entrave à la justice dans une affaire liée à son rôle présumé dans le contexte du génocide contre les Tutsi de 1994 au Rwanda.

Naturalisé américain en 2009, Nshimiye est accusé d’avoir menti aux enquêteurs au sujet de ses activités au Rwanda pendant le génocide, ainsi que d’avoir livré de faux témoignages en 2019 lors du procès d’un ami poursuivi pour des faits liés au génocide.

Lors de l’ouverture des débats, mardi 13 octobre, les procureurs ont affirmé que Nshimiye avait participé aux attaques contre les Tutsi et remis certaines victimes à des personnes qui les ont tuées ou violées.

« Il a lui-même attaqué des Tutsi et en a remis à d’autres personnes pour qu’ils soient tués ou violés », a déclaré Christopher Looney, procureur adjoint des États-Unis, cité par Al Jazeera.

Selon l’accusation, Nshimiye était étudiant en médecine à Butare, dans le sud du Rwanda, au moment du génocide. Les procureurs soutiennent qu’il a participé aux violences perpétrées par les extrémistes hutu contre les Tutsi en avril 1994.

Le génocide contre les Tutsi a fait plus d’un million de victimes en une centaine de jours.

Les enquêteurs du département américain de la Sécurité intérieure ont arrêté Nshimiye à son domicile, dans l’Ohio, en 2024. Les poursuites actuelles portent notamment sur des déclarations qu’il aurait faites aux enquêteurs concernant sa présence et ses activités au Rwanda pendant cette période, ainsi que sur son témoignage lors du procès de 2019.

La défense conteste la fiabilité des témoins

Eric Nshimiye nie avoir participé au génocide. Il affirme qu’il se trouvait à Kigali pour des vacances lorsque les violences ont éclaté en avril 1994 et qu’il n’a pas pu retourner à Butare en raison du chaos qui régnait dans le pays. Il soutient avoir ensuite quitté le Rwanda en tant que réfugié.

Ses avocats contestent les éléments présentés par l’accusation, estimant que le dossier repose essentiellement sur des témoignages dont la fiabilité et la cohérence sont discutables.

Kurt Kerns, l’un des avocats de la défense, a déclaré que les accusations n’étaient apparues que plusieurs décennies après le génocide, à la suite du témoignage de son client lors du procès de 2019.

Selon la défense, certains témoins n’auraient identifié Nshimiye qu’après avoir vu sa photographie à plusieurs reprises. D’autres auraient livré des versions différentes lors de précédentes procédures judiciaires concernant des personnes accusées d’avoir participé au génocide.

Les avocats soulignent également que leur client n’avait pas été mis en cause auparavant devant les juridictions internationales ou les tribunaux gacaca, les juridictions communautaires rwandaises qui ont jugé des personnes accusées d’avoir participé au génocide de 1994.

De son côté, l’accusation prévoit de faire comparaître plus d’une douzaine de témoins, dont la majorité vient du Rwanda. Ils devraient notamment évoquer la participation présumée de Nshimiye à des activités politiques pro-hutu avant le génocide, ainsi que son implication alléguée dans les violences qui ont suivi à Butare.

La nationalité américaine en jeu

Eric Nshimiye est poursuivi pour parjure et entrave à la justice. En cas de condamnation, l’administration américaine pourrait engager une procédure visant à lui retirer sa citoyenneté, rapporte Al Jazeera.

Depuis son arrestation en 2024, il est détenu dans un établissement pénitentiaire fédéral de la région de Boston.

Des membres de sa famille contestent également les accusations. Son neveu, Epa Bizimana, a déclaré à Al Jazeera que l’appartenance à l’ethnie hutu ne saurait, à elle seule, constituer une preuve de participation au génocide.

Bizimana, qui avait 10 ans lorsqu’il a fui le Rwanda avec sa famille en 1994, estime que le procès permettra aux Américains d’entendre des témoignages sur les événements survenus au Rwanda pendant cette période.

Plus de trente ans après le génocide contre les Tutsi, cette affaire porte sur des faits présumés qui devront être examinés par la justice américaine.

Le procès devra notamment déterminer si les éléments présentés par l’accusation permettent d’établir la culpabilité d’Eric Nshimiye pour les infractions qui lui sont reprochées. Il reste présumé innocent jusqu’à ce que sa culpabilité soit établie par la justice.

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