Paul Barril, l’ancien mercenaire proche de Habyarimana, est mort sans être jugé

  • La Nouvelle Releve
  • October 21, 2026
  • il y a 4 hours
Image

Paul Barril, ancien officier français devenu mercenaire et prestataire de services de sécurité, est décédé, selon une annonce publiée le 21 octobre 2026 par la Communauté Rwandaise de France (CRF).

Dans un communiqué, l’organisation a regretté que cet homme, soupçonné depuis plusieurs années d’avoir apporté un soutien militaire et logistique aux autorités rwandaises pendant le génocide perpétré contre les Tutsi, soit mort sans avoir été traduit en justice.

La CRF a dénoncé les retards de l’enquête judiciaire ouverte en France et appelé à examiner les raisons pour lesquelles elle n’a pas abouti avant le décès de l’intéressé.

Ancien capitaine de la gendarmerie française, Paul Barril avait notamment dirigé le Groupe d’intervention de la Gendarmerie nationale (GIGN), une unité spécialisée dans les opérations à haut risque. Il avait également travaillé dans le domaine de la lutte antiterroriste avant de se lancer dans des activités privées de renseignement et de sécurité.

C’est dans ce cadre qu’il avait développé des relations étroites avec le régime de Juvénal Habyarimana, auquel il aurait fourni des services de renseignement, de formation militaire et d’approvisionnement en armes.

La coopération entre Paul Barril et les autorités rwandaises remonte à 1989. À travers sa société privée de sécurité et de renseignement, Secrets, il aurait participé à des opérations de renseignement et à des transactions d’armes au profit du gouvernement de l’époque.

En 1990, il aurait notamment contribué à évaluer les capacités opérationnelles des Forces armées rwandaises (FAR), alors que le Front patriotique rwandais (FPR) venait de lancer sa lutte armée pour mettre fin au régime en place.

Barril a lui-même reconnu avoir été conseiller de Juvénal Habyarimana, confirmant ainsi la proximité de ses relations avec le président rwandais et son entourage.

Parmi les personnes associées à ces activités figurait Fabien Singaye, ancien secrétaire à l’ambassade du Rwanda en Suisse et gendre de Félicien Kabuga. Singaye était impliqué dans des activités de renseignement visant notamment les réfugiés tutsi à l’étranger. Il a été expulsé de Suisse en 1994.

Dans une lettre datée du 23 août 1991, Singaye avait évoqué sa coopération avec Barril dans des activités de renseignement destinées à soutenir le régime de Habyarimana et à contrer le FPR. En 1993, le colonel Élie Sagatwa, conseiller du président, avait également écrit à Barril pour le remercier de son assistance.

L’ancien mercenaire est par ailleurs accusé d’avoir participé à la formation de militaires rwandais et de membres des milices Interahamwe, notamment d’un groupe désigné sous le nom de Turihose.

Des témoignages font également état de ses déplacements au Rwanda à l’approche du génocide. Richard Mugenzi, qui travaillait dans les communications militaires à l’époque, a déclaré l’avoir vu dans le pays en décembre 1993. Jacky Héraud, pilote de l’avion présidentiel, a pour sa part affirmé l’avoir aperçu à l’aéroport de Kigali à la fin du mois de mars 1994.

Les accusations visant Paul Barril concernent notamment ses relations avec le gouvernement intérimaire mis en place après l’attentat du 6 avril 1994 contre l’avion du président Habyarimana, dont la mort a marqué le début du génocide contre les Tutsi.

Le 28 mai 1994, alors que les massacres se poursuivaient, Barril aurait signé un contrat d’une valeur de trois millions de dollars avec Jean Kambanda, Premier ministre du gouvernement intérimaire.

Selon les informations rapportées par IGIHE, cet accord prévoyait une assistance militaire comprenant la fourniture d’armes et de munitions ainsi que l’envoi de vingt mercenaires chargés notamment de contribuer à la formation des membres des anciennes Forces armées rwandaises et des miliciens Interahamwe.

Ces éléments ont alimenté les soupçons sur le rôle de Barril dans le soutien apporté aux structures militaires et politiques impliquées dans le génocide.

Il convient toutefois de rappeler que les accusations portées contre lui n’ont pas donné lieu à un jugement établissant sa responsabilité pénale.

En 2013, trois organisations françaises de défense des droits humains — la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), la Ligue des droits de l’Homme (LDH) et Survie — ont déposé une plainte à Paris pour demander l’ouverture de poursuites contre Barril pour complicité de génocide.

Cette démarche a conduit à l’ouverture d’une enquête judiciaire. Cependant, treize ans plus tard, l’ancien officier est mort sans avoir été formellement jugé pour les faits qui lui étaient reprochés.

Barril avait toujours contesté les accusations portées contre lui.

Ses relations avec Agathe Kanziga Habyarimana, veuve du président, avaient également continué après 1994. Celle-ci avait confié à sa société Secrets une enquête privée sur la destruction de l’avion présidentiel le 6 avril 1994. Barril avait notamment accusé le FPR d’être responsable de l’attentat, une question qui demeure au centre des controverses entourant les circonstances de la mort du président.

Le 3 novembre 2020, Agathe Kanziga Habyarimana avait été entendue par la justice française comme témoin dans le cadre de l’enquête concernant Barril, dans une démarche visant à le disculper.

  • La Nouvelle Releve
  • October 21, 2026
  • il y a 4 hours
Ajouter un commentaire
Rédiger un commentaire

Règles d’utilisation du forum