Entretien avec Alain Gauthier, fondateur du Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda

  • La Nouvelle Releve
  • May 25, 2026
  • il y a 11 hours
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Alain Gauthier et son épouse Dafroza Gauthier ont fondé le Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda (CPCR). L’objectif de cette organisation est de poursuivre les personnes soupçonnées d’avoir participé au Génocide contre les Tutsi de 1994 et qui n’ont pas encore été jugées, tout en se cachant dans différents pays où elles se sont réfugiées, notamment en Europe et plus particulièrement en France.

Le CPCR a déposé de nombreuses plaintes qui ont conduit à des procès importants, notamment celui de Pascal Simbikangwa en 2014, le premier procès en France portant sur le Génocide contre les Tutsi.

En 2017, Alain Gauthier et son épouse Dafroza Gauthier ont reçu la médaille d’honneur « Igihango » des mains de Son Excellence le Président Paul Kagame, en reconnaissance de leur engagement à défendre la vérité et à promouvoir la justice. La Nouvelle Relève  s’est entretenu avec Alain Gauthier. Retrouvez l’intégralité de cet entretien dans cet article.

Pouvez-vous nous présenter à nos lecteurs et nous expliquer le liens anglais qui vous unit avec le Rwanda ?

Je m’appelle Alain Gauthier, je suis le président du collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR), qu’avec mon épouse Daphroza on a créé en 2001. Mais en fait, mon histoire avec le Rwanda est beaucoup plus ancienne, puisque de 1970 à 1972, j’étais enseignant au petit séminaire de Save, à côté de Butare, et c’est ainsi que j’ai connu le Rwanda pendant deux années. Le hasard a fait qu’ensuite je rencontre à nouveau Daphroza, qui avait quitté le Burundi où elle s’était réfugiée pour venir en Europe rejoindre son frère à Bruxelles.

Par l’intermédiaire d’un ami commun, on s’est revus et c’est là que notre histoire a commencé en 1974. Et en 1977, on a décidé d’unir nos destinées. Depuis ce temps-là, je viens souvent au Rwanda avec Daphroza, avec nos enfants, et aujourd’hui je suis là en tant que président du collectif des parties civiles, une association qu’on a décidé de fonder en France pour déférer devant la justice française les personnes qui sont soupçonnées d’avoir participé au génocide perpétré contre les Tutsis et qui vivent sur le territoire français.

Voilà un petit peu, en résumé, les liens que je peux avoir avec le Rwanda.

Avec votre épouse, vous avez consacré une grande partie de votre vie à la quête de justice pour les victimes du génocide contre les Tutsis. Qu’est-ce qui a motivé un tel engagement ?

L’engagement au sein du collectif et la décision de créer cette association, en réalité, elle vient du premier procès qu’on a appelé le procès des quatre de Butare, en Belgique, au printemps 2001. Daphroza étant originaire de Butare, et puis les personnes qui avaient créé le collectif belge étaient soit nos amis, Gasana Ndoba en particulier, ou bien François Sebatasi, le frère de Daphroza. Donc on s’est intéressés à ce procès, et le jour du verdict, ces amis-là nous ont dit « Et vous, qu’est-ce que vous faites en France ?

» Eh bien, on n’a pas su trop quoi répondre sur le coup. Depuis 1996, on avait recueilli des témoignages de rescapés de la Sainte-Famille, parce qu’une cousine de Daphroza était elle-même rescapée de cet endroit-là. On avait recueilli des témoignages des rescapés, mais on n’avait pas trop su quoi en faire.

On les avait confiés à un avocat français qui était dans la plainte contre l’abbé Wenceslas Munyeshyaka, mais on en était restés là. Et donc en 2001, à notre retour de Bruxelles, on crée le Collectif des Partis Civils pour le Rwanda. On a commencé par se constituer parti civil dans plusieurs dossiers, plusieurs plaintes qui avaient déjà été déposées entre 1995 et 2001 contre l’abbé Munyeshyaka, contre Laurent Bucyibaruta, Sostene Munyemana, Laurent Serubuga, Cyprien Kayumba et Fabien Neretse.

Et dans les quelques années qui ont suivi, on a commencé à déposer nos propres plaintes, à faire nos propres enquêtes ici au Rwanda. Et depuis 2001, on a déposé près d’une quarantaine de plaintes, dont certaines ont abouti, d’autres non, et d’autres sont toujours sur le bureau des juges d’instruction.

Plus de 30 ans après le génocide des Tutsis, pourquoi est-ce que c’est crucial de poursuivre les suspects encore en fuite ?

Je crois que les rescapés ne demandent qu’une chose, c’est la justice. En fait, c’est le seul bien qui leur reste. Et ce bien-là, c’est à nous de le leur offrir, puisque beaucoup de gens, beaucoup de génocidaires ont fui le Rwanda, après des pérégrinations en différents pays d’Afrique, le Kenya, l’Ouganda, mais beaucoup des pays d’Afrique de l’Ouest, ils ont fini par arriver en France.

Et on a pensé que c’était de notre devoir de tout faire pour rendre aux rescapés la justice, pour leur rendre cette dignité qui leur a été enlevée à travers le départ des leurs. Voilà pourquoi je pense que c’est important, que c’est essentiel de continuer ce combat, qu’on essaiera de mener le plus longtemps possible. Mais comme vous voyez, l’âge arrivant, on sait très bien que notre travail est limité dans le temps.

On sait aussi que 32 ans après, les génocidaires eux-mêmes ont vieilli, et que ça deviendra de plus en plus difficile de pouvoir les poursuivre en justice. Mais nous le ferons tant que nous le pourrons.

Combien de dossiers ou de procès le CPCR a-t-il accompagné devant la justice française à ce jour ?

Donc je vous disais tout à l’heure que nous avions déposé près d’une quarantaine de plaintes. Depuis ce temps-là, deux ou trois des personnes qui ont souhaité poursuivre en justice sont décédées. Donc leur affaire s’est éteinte d’elle-même.

Un certain nombre de non-lieux aussi ont été prononcés, c’est-à-dire que les juges d’instruction ont estimé, après avoir fait eux-mêmes leur enquête ici au Rwanda en commission rogatoire, qu’il n’y avait pas de preuves, de témoignages suffisants pour être poursuivis en justice. Donc il y a eu des non-lieux. Je dirais que le plus célèbre, on en reparlera probablement, est le dernier.

C’est celui qui concerne Mme Agathe Kandziga, Habyarimana. Beaucoup d’autres dossiers, je dirais, traînent encore sur le bureau des juges d’instruction.

Donc concernant Agathe Habyalimana, en fait, on a déposé une plainte contre elle en février 2007. Pour des raisons qu’on peut imaginer, mais dont on n’a pas la preuve politique ou autre, c’est une instruction qui a beaucoup traîné, des années et des années.

Il se trouve que l’an dernier, en mai 2025, les juges d’instruction en France ont décidé de prononcer un non-lieu et donc de ne pas déférer Agathe Habyalimana devant la justice française. Bien évidemment, nous, nous avons fait appel. Le parquet lui-même, en France, a fait appel, ce qui est très important pour nous.

Bien évidemment, nous souhaitons que les juges, que leur décision ne soit pas confirmée, parce qu’on estime que toutes les enquêtes n’ont pas été suffisantes la concernant. Nous sommes donc en attente. Mais c’est vrai que c’est pour nous, je dirais, un dossier très emblématique dans notre combat pour la justice.

Parmi ces procès, lequel vous a le plus marqué, tant sur le plan humain que judiciaire ? 

C’est difficile de dire exactement quel procès nous a marqués. Bon, je serais tenté de dire que c’est le premier, celui de Pascal Simbikangwa, en 2014, c’est-à-dire quand même 20 ans après le génocide, parce que c’était le premier.

Maintenant, je pense qu’il y en a eu d’autres. Je pense en particulier à celui d’Eugène Rwamucyo, qui est aussi une plainte qui date de 2007, je crois. Pourquoi Rwamucyo?

Parce que Eugène Rwamucyo, qui était médecin au centre de santé de Butare, est un véritable idéologue. Il était poursuivi pour avoir fait enterrer à la va-vite, à l’aide d’un tracteur-pillard, de nombreuses victimes sur une dizaine de fosses communes autour de Butare, à Butare et autour de Butare, puisqu’on avait fait venir un tracteur-pillard de Kigali qui creusait d’immenses fosses et en jetait les corps, peut-être certains encore mourant, dans ces fosses-là. Et c’est Rwamucyo qui supervisait ce travail d’enfouissement des corps.

Et en même temps, dans nos enquêtes, on avait retrouvé un discours qu’il avait fait en présence du premier ministre Jean Kambanda, un discours de soutien au régime génocidaire. Pour nous, c’était quelqu’un d’important. Il aurait pu échapper à la justice française, mais je cite souvent cette anecdote sur la façon dont on l’a retrouvé en France.

C’était au mois d’avril 2002. Il participait à un colloque organisé par des négationnistes à Paris, dans une salle du Sénat français. Et j’avais été invité, je ne sais plus pour quelles raisons.

J’étais venu avec Servilien Sébasoni, un ami bien connu ici au Rwanda. Et à force d’entendre les discours négationnistes de tous les intervenants, je me suis hasardé à poser des questions. Et tout le monde se demandait, mais qui est ce Muzungu ?

Puisqu’à l’époque, on n’était pas encore connu. Et il y a quelqu’un devant moi qui s’est levé, qui s’est retourné, qui a dit « Oh, ce Muzungu, je le connais. Lui-même ne connaît le Rwanda que par des confidences sur l’oreiller.

» Bon, ce n’était pas très sympathique de me présenter comme ça. Et je lui ai demandé « Sébasoni, tu connais ce monsieur ? » Il m’a dit « Oui, c’est le docteur Rwamucyo».

Et c’est à partir de là qu’on a commencé nos enquêtes, qu’on l’a retrouvé, un médecin du centre antipoison de Lille, au nord de la France. Et on est venu au Rwanda, on a enquêté. Et au bout de quelques mois, un certain nombre de voyages, on a déposé une plainte contre lui.

Et finalement, il a été déféré devant la Cour d’assises. Il a déjà été jugé une première fois, condamné à 27 ans de prison. Il a fait appel.

Et le procès en appel aura lieu là, dans quelques semaines. Puisqu’à partir, je crois, du 9 juin jusqu’au 17 juillet, il sera rejugé à la Cour d’appel de Paris. Donc, je parle de ce procès, mais il y en a eu d’autres.

Il y a celui de Laurent Bucyibaruta, l’ancien préfet de Gikongoro. Il y a celui d’un gendarme de Nyanza, Philippe Hategekimana, alias Bigouma, qui a été condamné à perpétuité. De même que les deux bourgmestres de Kabarondo aussi, Octavien Ngenzi et Tito Barahira, qui ont été condamnés aussi à perpétuité.

Bon, voilà un petit peu… Chaque procès a ses caractéristiques. Après, on les vit différemment selon les témoins qui viennent.

Et puis, selon ce que nous, on est aussi… Je crois qu’il y a eu 12 procès actuellement. 8 personnes jugées et condamnées.

Il y en aura d’autres dans les semaines et les mois à venir.

Avez-vous parfois ressenti de la frustration face à la lenteur de ces procédés judiciaires en France ?

Les lenteurs de la justice française, on ne cesse de les dénoncer. Ce n’est pas normal qu’on ait tant attendu pour organiser des procès en France. Je vous disais que le procès de Pascal Simbikangwa, en premier instant, ça a eu lieu en 2014.

C’est-à-dire 20 ans après le génocide. Et puis… C’est vrai que tous ces procès ont été retardés à une certaine époque.

Alors selon vous, comment expliquer que certains présumés génocidaires aient pu vivre paisiblement en Europe pendant de longues années ?

La France a toujours été, je dirais, une terre d’accueil pour les personnes qui ont participé au génocide. Un grand nombre d’entre eux, avant le génocide, soit avaient été formés en France, fait des études en France, soit avaient des liens privilégiés. Et ils ont pensé que c’est en France qu’ils allaient trouver le meilleur accueil.

Et c’est ce qui s’est passé. Comment l’expliquer autrement que par ces liens privilégiés qu’ils avaient ? Je crois que, après avoir fui le Rwanda, après avoir, je dirais, un petit peu galéré dans leur fuite dans un certain nombre de pays, beaucoup sont passés, je le disais tout à l’heure, par le Kenya, par la Côte d’Ivoire, Togo, le Bénin, etc.

C’est difficile de s’expliquer cet attrait pour la France, mais je pense qu’ils le disent à chacun des procès qui ont eu lieu. Ils faisaient confiance à la France. Peut-être qu’ils ne pensaient pas, et je crois que c’est vrai, qu’ils seraient un jour poursuivis par des citoyens français pour le rôle qu’ils ont joué.

Ils croyaient avoir trouvé enfin un havre de paix en France.

Quels sont aujourd’hui les principaux dossiers en cours suivis par le CPCR ?

Alors, en plus des procès qui ont eu lieu, c’est vrai que nous avons encore un certain nombre de dossiers. J’évoquais le procès en appel de Rwamucyo au mois de juin. Il y aura un autre procès, en première instance, d’un Interahamwe de Nyanza, qui s’appelle Majaliwa Safari.

Ce n’est pas nous qui avions déposé la plainte, c’est le parquet. C’est un dossier précisément ouvert par le parquet en France. On s’est constitué parti civil.

Et puis, il y a d’autres dossiers qui traînent en longueur. Je pense à des dossiers qui jamais n’aboutiront, probablement. Au début de cet entretien, j’avais parlé de Laurent Serubuga, l’ancien chef d’état-major adjoint de l’armée.

Il est âgé. Je ne sais plus trop où en est ce dossier. On attend la décision des juges.

Il y a d’autres dossiers. Il y a deux personnes qui ont été déférées devant la Cour d’assises récemment. Des gens originaires de Cyangugu.

Ils seront jugés en Cour d’assises, mais je ne sais pas quand. Et puis, on a d’autres dossiers, relativement importants. Je pense à Pierre Kayondo, qui était député du MRND, originaire de Ruhango.

Pour l’instant, on ne sait pas trop quelle sera la décision des juges. Et puis, il y aura aussi, je pense, un dernier. Il y en a beaucoup d’autres encore.

Mais je pense aussi au Docteur Charles Twagira, qui était médecin de l’hôpital de Kibuye, et contre lequel on a déposé une plainte. Le dossier est toujours à l’instruction. Voilà pour l’instant où on en est.

Il y en a beaucoup d’autres dont je ne peux pas me rappeler. Mais on a encore beaucoup de travail. C’est vrai que 32 ans après les faits, ça devient de plus en plus compliqué de rassembler des témoignages.

D’abord, parce qu’en 32 ans, beaucoup de personnes, beaucoup de rescapés sont décédés. Beaucoup de témoins, tueurs sont également décédés. Et il est vrai que le temps joue contre nous.

C’est pour ça qu’on demande toujours aux rescapés de donner leurs témoignages, de ne pas hésiter, voire à le raconter, à le mettre par écrit. Parce que sans le témoignage des rescapés, celui des tueurs aussi, qui est important évidemment, mais sans le témoignage des rescapés, la justice aura du mal à avancer. Donc on lutte nous aussi contre le temps, contre lequel on ne peut rien faire.

Comment agissez-vous face aux discours des négationnistes ou les visionnistes concernant le génocide contre les Tutsis ?

Alors, le négationnisme n’est pas né aujourd’hui. Vous savez que le négationnisme, en général, est né en même temps que le génocide lui-même. C’est un combat que nous menons aussi.

Ce n’est pas l’objet propre de notre association, parce que nous, c’est véritablement la poursuite des génocidaires. Mais je dirais que chaque fois qu’il y a un procès, chaque fois qu’il y a une condamnation, et toutes les personnes qui ont été déférées devant la cour d’assises de Paris, qui ont été jugées aujourd’hui, ont toutes été reconnues coupables et condamnées, c’est aussi une façon de lutter contre le négationnisme. Un procès, c’est bien sûr un travail de mémoire, parce que c’est important, à travers le récit des rescapés ou des tueurs, d’écrire le génocide qui s’est passé à tel et tel endroit au Rwanda.

Mais je dirais que nous tenons aussi à lutter contre le négationnisme. Alors, on ne discute jamais avec des négationnistes, c’est inutile, mais je rappelle quand même qu’un des plus grands négationnistes qui vit en France, Charles Onana, a quand même été condamné récemment pour négation du génocide. C’est excessivement important.

Il a fait appel, il sera de nouveau jugé dans quelques mois. On attend ce procès avec grand intérêt et on espère que sa condamnation sera confirmée. Mais je redis que chaque procès est une occasion de lutter contre le négationnisme.

Avec votre femme, vous avez été décollé par le président Paul Kagame. Qu’avez-vous senti à recevoir cette distinction ?

Alors oui, il y a quelques années, je crois que c’était en 2017, on a été convoqué ici au Rwanda, un petit peu à la dernière minute, pour nous dire qu’on allait recevoir une décoration du président Kagame. Bon, on a été les premiers surpris. On ne savait pas trop pourquoi.

On nous décorait ainsi. Avec le recul, je dois dire quand même, je dirais que c’est une certaine fierté que notre travail ait été reconnu par le plus haut responsable du pays. Cette décoration ne nous a pas valu que des félicitations, puisque à chaque procès, par exemple, les avocats de la Défense versent au dossier les photos de notre décoration pour dire, voilà, vous voyez bien les Gauthiers, vous voyez, les Gauthiers, ils travaillent pour le gouvernement rwandais.

Le président Kagame a reconnu leur engagement. On les laisse parler. Ce n’est pas parce que le président Kagame nous a donné, nous a attribué cette décoration que nous devons renoncer à notre engagement.

Bon, simplement, voilà, on a été heureux quand même de recevoir cette reconnaissance. Et ça a été pour nous l’occasion d’inviter à cette cérémonie un certain nombre de nos amis avec lesquels nous nous battons ici au Rwanda. Après tant d’années de combat, qu’est-ce qui compte ?

Alors oui, ça fait 25 ans, même plus, puisqu’on a commencé en 1996 que nous avons engagé ce combat pour la justice. Alors je dirais que ce qui nous motive, malgré la fatigue, parce qu’il faut le reconnaître, c’est un travail long, difficile, épuisant, qui nous a pris beaucoup de temps dans notre vie familiale, dans notre vie conjugale. Je crois que ce qui nous motive, c’est simplement parce qu’on pense que les rescapés ont besoin de justice et que tant qu’on a la force de leur permettre cet accès à la justice, eh bien, nous continuons ce combat.

Nous le ferons tant que nous le pourrons, tout en sachant que pour nous, un jour, il y aura, bien sûr, une fin.

Quel message souhaitez-vous adresser à la jeunesse rwandaise qui n’a pas connu la jeunesse de contre-autisme en 1994 mais qui porte la mémoire de cette histoire ?

Alors je ne sais pas si je suis habilité à donner un témoignage à la jeunesse du Rwanda. Je dirais que puisque vous me posez la question, je voudrais dire à tous les jeunes d’ici, de ce pays, qu’il y a eu un génocide en 1994, que ce génocide a tué beaucoup de liens entre les gens, que c’est à eux aujourd’hui de construire le Rwanda. C’est eux qui, aujourd’hui, effectivement, 30 ans après, vont être amenés à prendre des responsabilités dans le pays.

Moi, je souhaite personnellement que ce soit toujours dans le sens de la reconstruction du pays, je dirais de la réconciliation. Il y a un fossé qui a été créé entre les groupes sociaux du Rwanda. Il faut dépasser aujourd’hui ces ruptures.

Il faut regarder l’avenir avec, je dirais, courage, avec optimisme, mais c’est à vous, les jeunes du Rwanda, de vous mobiliser pour que le Rwanda nouveau soit un Rwanda qui reconnaisse ce qui s’est passé, c’est tout le travail de mémoire, mais qui aussi doit se reconstruire sur des bases nouvelles. Et c’est vous, les jeunes du Rwanda, quel que soit l’âge que vous ayez, c’est vous, les jeunes, qui êtes appelés à faire que le Rwanda soit un pays nouveau qui dépasse les anciennes divisions pour un avenir meilleur pour tous les Rwandais, quels qu’ils soient. Mais je dirais que c’est un peu le même message que nous diffusons aussi à tous les jeunes de France, parce qu’il faut aussi que ce message-là soit adressé non seulement aux jeunes du Rwanda, mais je dirais aux jeunes du monde entier, et nous, à travers toutes les interventions qu’on fait dans les lycées, dans les universités, en plus de notre recueil de témoignages en vue des procès, c’est aussi ce témoignage qu’on lance aux jeunes de France.

Enfin, quel appel lanceriez-vous à la communauté internationale concernant la lutte contre l’impunité ? 

Je ne suis qu’un petit citoyen franco-rwandais qui n’a pas de relation spéciale avec les responsables politiques, quels qu’ils soient. Nous sommes des citoyens de base qui avons répondu peut-être à un appel, à cet engagement pour plus de justice. Je souhaite que la communauté internationale juge le Rwanda véritablement pour ce qu’il est, qu’il reconnaisse ce que le Rwanda a vécu il y a 32 ans, et que cette communauté internationale dont on parle, mais pas seulement pour le Rwanda, mais que cette communauté internationale n’est qu’un souci.

Tous ces grands pays qui nous gouvernent n’est qu’un souci, mais celui de la paix. Nous vivons une période difficile actuellement. Je pense que tous les pays du monde entier ne devraient avoir qu’un seul objectif, travailler à la paix pour le mieux-être de l’humanité.

Évidemment, on est loin de tout ça. C’est un vœu pileux, mais je sais très bien que ma voix ne sera pas entendue. En tout cas, c’est celle que je veux porter aujourd’hui.

C’est celle qui, pour moi, réside au fond de mon cœur. Je ne peux pas concevoir un pays sans paix. Voilà ce que je ressens aujourd’hui.

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