Enquête : comment le réseau Habyarimana aurait atteint le cœur du pouvoir à Kinshasa

  • admin
  • August 1, 2026
  • il y a 9 hours
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Une enquête publiée le 30 juillet 2026 par African Facts met en lumière ce qu’elle présente comme l’existence d’un réseau de relations tissé depuis plusieurs années entre des membres de l’ancienne famille présidentielle rwandaise et des personnalités occupant aujourd’hui des positions stratégiques au sein de l’État congolais. Selon cette investigation, ces liens, construits au fil des années d’exil en Europe, auraient progressivement trouvé un prolongement jusque dans l’entourage immédiat du président Félix Tshisekedi.

Au centre de cette enquête figure Kaumbu Mandungu Bula, plus connu sous le surnom de « Kao ». Conseiller politique influent à la présidence congolaise, il est décrit par African Facts comme l’un des hommes les plus écoutés de la Présidence sur les questions de sécurité, d’acquisitions militaires et de coopération stratégique.

Des relations anciennes nouées en Belgique

L’enquête retrace l’origine de ces relations à la fin des années 2000. À cette époque, Kaumbu Mandungu Bula résidait en Belgique, tout comme plusieurs membres de la famille de l’ancien président rwandais Juvénal Habyarimana.

Selon les documents consultés par African Facts, Jean-Luc Habyarimana, fils de l’ancien président, ainsi que plusieurs membres de son entourage, auraient collaboré avec Kaumbu Mandungu Bula dans la création d’un réseau de fondations enregistrées en République démocratique du Congo, en République centrafricaine, au Gabon et en Belgique.

Présentées publiquement comme des organisations humanitaires destinées à soutenir des enfants vulnérables et à lutter contre l’exclusion sociale, ces structures n’auraient, selon l’enquête, laissé aucune trace d’activités caritatives concrètes. En revanche, les journalistes disent avoir identifié des sociétés offshore, des montages financiers internationaux ainsi que des transactions transitant notamment par le Royaume-Uni, le Panama, les Seychelles et Malte.

Une documentation présentée comme substantielle

Pour étayer ses conclusions, African Facts affirme avoir consulté de nombreux documents, notamment des courriels, des actes notariés, des contrats d’investissement, des documents bancaires ainsi que des pièces issues d’enquêtes judiciaires françaises.

L’investigation évoque également des échanges datant de 2009 faisant référence à des transferts financiers destinés à « Maman Agathe », que le média identifie comme Agathe Kanziga, veuve de Juvénal Habyarimana. L’article rappelle que cette dernière fait toujours l’objet d’une procédure judiciaire en France, tout en soulignant qu’elle bénéficie de la présomption d’innocence.

Selon les auteurs de l’enquête, ces éléments démontreraient l’existence de relations suivies entre Kaumbu Mandungu Bula et plusieurs membres de l’ancienne première famille rwandaise.

Une influence qui dépasserait désormais les relations privées

Pour African Facts, l’intérêt principal de ces révélations réside moins dans les relations anciennes que dans leur portée politique actuelle.

Depuis sa nomination comme conseiller spécial du président Félix Tshisekedi en 2023, Kaumbu Mandungu Bula occupe une place centrale dans le dispositif présidentiel. L’enquête soutient qu’il intervient sur des dossiers sensibles liés à la sécurité nationale, aux contrats militaires et à la gestion de la guerre dans l’est de la RDC.

Le journaliste d’investigation Theo Englebert estime que cette proximité donnerait aujourd’hui à l’ancien réseau Habyarimana un accès inédit aux cercles décisionnels congolais.

Le contexte de la guerre dans l’Est

L’enquête intervient alors que la guerre opposant les Forces armées de la RDC et leurs alliés à l’AFC/M23 se poursuit dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

Theo Englebert estime que, depuis 2022, les FDLR et d’autres groupes armés alliés de Kinshasa jouent un rôle militaire important face au M23. Selon lui, cette réalité limiterait la marge de manœuvre du pouvoir congolais.

Il souligne également que Félix Tshisekedi a passé vingt-six années en exil en Belgique, où il aurait évolué dans un environnement marqué, selon l’auteur, par la présence de membres de la diaspora rwandaise liés à l’ancien régime.

« Ce que démontre cet article, avec des preuves documentaires, c’est que depuis 2023 la famille Habyarimana dispose de contacts très influents au sein de la coalition au pouvoir », affirme Theo Englebert dans des propos rapportés par The New Times.

Des ramifications au sein des Wazalendo

L’enquête relève également la participation de Kaumbu Mandungu Bula à une réunion organisée en avril 2024 avec des représentants des Wazalendo, coalition de groupes armés soutenant les FARDC contre l’AFC/M23.

Selon African Facts, cette réunion illustrerait son implication dans la coordination politique et sécuritaire autour de ces groupes armés.

Pour les auteurs de l’investigation, l’ensemble de ces éléments suggère que les réseaux issus de l’ancien cercle du pouvoir rwandais continueraient d’exercer une influence dans la région des Grands Lacs, non plus uniquement à travers des relations historiques, mais également via des acteurs occupant aujourd’hui des postes stratégiques au sein des institutions congolaises.

Les personnes mises en cause dans cette enquête n’ont, selon African Facts, pas répondu aux sollicitations du média ou contestent les accusations portées à leur encontre. Les affirmations présentées dans l’enquête n’ont pas toutes fait l’objet d’une confirmation indépendante.

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