FDLR : comment l’économie de guerre permet au groupe armé de survivre

  • La Nouvelle Releve
  • September 19, 2026
  • il y a 19 hours
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Mines, agriculture, cannabis, charbon de bois, taxes routières et rançons : l’ancien officier Emilien Mpakaniye décrit un système économique qui, selon lui, permet aux FDLR de financer leurs combattants et de maintenir leurs capacités militaires dans l’est de la RDC.

Comment un groupe armé présent depuis près de trois décennies dans l’est de la République démocratique du Congo peut-il continuer à fonctionner, à recruter, à rémunérer ses combattants et à maintenir des capacités militaires ?

Pour le lieutenant-colonel (démobilisé) Emilien Mpakaniye, ancien officier des FDLR, une partie de la réponse se trouve dans l’économie de guerre développée par le mouvement au fil des années.

Selon son témoignage, les FDLR ont mis en place plusieurs mécanismes de financement dans les territoires où elles étaient implantées : exploitation minière, agriculture, culture et commerce du cannabis, production de charbon de bois, exploitation forestière, taxation des routes, commerce des ressources naturelles et enlèvements contre rançon.

À ces revenus locaux s’ajouterait, selon Mpakaniye, un soutien provenant de structures de l’État congolais, notamment sous la forme d’équipements militaires et de rémunérations destinées à certains combattants.

Plus de 300 000 dollars par mois grâce aux minerais ?

Mpakaniye connaît particulièrement bien le secteur minier des FDLR.

Il affirme avoir rejoint l’École supérieure militaire des FDLR en 1999 et avoir été chargé, à partir de 2008, des activités liées aux ressources minières du mouvement.

Selon lui, les FDLR ne se contentaient pas d’exploiter leurs propres sites miniers. Elles cherchaient également à contrôler les activités des autres exploitants présents dans les zones sous leur emprise.

« Sur chaque site minier, il y avait un militaire des FDLR », affirme-t-il, expliquant que ces hommes étaient chargés de surveiller les activités et de collecter les revenus.

Le système ne s’arrêtait pas aux mines.

Les minerais devaient être transportés vers les marchés. Sur les routes, les commerçants et les transporteurs étaient confrontés à des barrières où ils devaient payer des taxes avant de poursuivre leur trajet.

Selon l’estimation de Mpakaniye, l’ensemble des revenus liés à l’exploitation minière et aux taxes pouvait dépasser 300 000 dollars américains par mois.

20 000 hectares à Kazaroho

L’agriculture constituait une autre source importante de revenus.

Mpakaniye affirme que les FDLR contrôlaient ou exploitaient de vastes superficies agricoles dans plusieurs zones du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

À Kazaroho, dans le territoire de Rutshuru, il évoque près de 20 000 hectares utilisés pour l’agriculture.

Selon son témoignage, certaines terres avaient auparavant été exploitées ou détenues par des Congolais tutsi qui avaient quitté la région pour échapper aux violences ou à la présence des FDLR.

Ces terres auraient ensuite été exploitées par des personnes restées sur place ou par des agriculteurs travaillant sous l’autorité du mouvement.

Les agriculteurs devaient également payer des taxes.

Mpakaniye parle d’environ 80 dollars par récolte, avec deux récoltes par an.

L’agriculture devenait ainsi plus qu’une activité économique locale : elle constituait, selon lui, une source régulière de financement pour le groupe armé.

Le cannabis, une autre filière lucrative

L’ancien officier affirme également que les FDLR avaient développé une importante activité autour de la culture et du commerce du cannabis.

Selon lui, la production était réalisée sur de vastes superficies avant d’être acheminée vers d’autres régions et pays.

Mpakaniye affirme que le marché comprenait différents acheteurs et avance que certains membres de la MONUSCO figuraient parmi les consommateurs.

Cette affirmation particulière reste une déclaration de l’ancien officier et nécessiterait des éléments indépendants pour être vérifiée.

Des animaux sauvages transformés en argent

La faune sauvage aurait également été intégrée à cette économie.

Mpakaniye affirme que les combattants des FDLR participaient à la chasse aux éléphants pour leurs défenses, aux rhinocéros pour leurs cornes et à d’autres espèces dont les produits pouvaient être vendus.

Il évoque également la chasse aux lions et le commerce de certains produits issus de leur peau.

Le contrôle des forêts permettait donc, selon son témoignage, d’exploiter plusieurs types de ressources en fonction de leur valeur sur les marchés.

Le charbon de bois : de la forêt aux marchés de Goma

Les forêts représentaient une autre source de revenus.

Selon Mpakaniye, les FDLR produisaient d’importantes quantités de charbon de bois destinées aux villes des Kivus, particulièrement Goma.

Il affirme qu’une partie importante du charbon consommé dans la capitale du Nord-Kivu provenait de zones sous l’influence des FDLR.

Le bois d’œuvre constituait une autre activité.

Des arbres étaient abattus puis transformés et transportés vers différents marchés du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

La forêt devenait ainsi une véritable caisse économique pour le mouvement.

Chaque route pouvait rapporter de l’argent

Le contrôle territorial permettait également aux FDLR de taxer les déplacements.

Sur les routes contrôlées par leurs combattants, commerçants, transporteurs et autres usagers devaient payer pour poursuivre leur trajet.

Le mécanisme est simple : contrôler le passage, imposer une taxe et transformer chaque déplacement en source de revenus.

Dans un territoire où les échanges commerciaux sont importants, un tel système peut générer des revenus réguliers tout en renforçant le contrôle du groupe armé sur la population et les activités économiques.

Les enlèvements et les rançons

Les FDLR auraient également recours aux enlèvements.

Selon Mpakaniye, des personnes étaient kidnappées et leurs familles contraintes de payer pour obtenir leur libération.

Les rançons venaient ainsi compléter les revenus tirés des mines, de l’agriculture, des forêts et des taxes.

Ce système diversifié permettait, selon lui, aux FDLR de ne pas dépendre d’une seule source de financement.

Mais qui fournit les moyens militaires ?

C’est sur ce point que le témoignage de Mpakaniye devient particulièrement important.

L’ancien officier affirme que les revenus générés localement ne constituaient pas l’unique source de financement des FDLR.

Il accuse également des structures de l’État congolais d’avoir contribué au maintien des capacités du mouvement.

Selon lui, il existait des relations entre certains membres des FDLR et des personnes présentes dans différentes structures étatiques.

Il cite notamment la circulation de véhicules entre des zones contrôlées par les autorités congolaises et des territoires sous contrôle des FDLR.

Mpakaniye présente cette circulation comme un indice montrant que les activités du mouvement ne pouvaient pas fonctionner uniquement dans la clandestinité.

Il affirme également que les autorités congolaises fournissaient des équipements militaires aux FDLR et rémunéraient certains de leurs combattants.

Ces accusations sont celles d’un ancien membre du mouvement et doivent être confrontées à d’autres sources et éléments indépendants.

Une économie qui nourrit la guerre

Le récit de Mpakaniye décrit finalement un système dans lequel le contrôle territorial et l’exploitation économique se renforcent mutuellement.

Les mines produisent des revenus. Les terres agricoles en produisent d’autres. Les routes sont taxées. Les forêts fournissent du charbon et du bois. La faune peut être transformée en produits commerciaux. Les enlèvements génèrent des rançons.

L’ensemble crée plusieurs flux financiers permettant au groupe armé de maintenir ses structures.

Pour un mouvement armé, contrôler un territoire ne signifie donc pas seulement disposer d’une position militaire. Cela peut également signifier contrôler les ressources, les routes, les marchés et les populations qui permettent de financer la présence armée.

Une question au cœur de la survie des groupes armés

Le cas des FDLR, tel que décrit par leur ancien officier, montre l’importance de l’économie de guerre dans la longévité des groupes armés dans l’est de la RDC.

Tant qu’un groupe conserve l’accès aux ressources naturelles, aux terres, aux routes commerciales et à des réseaux économiques, il peut disposer de moyens pour entretenir une structure militaire.

La question du financement apparaît ainsi indissociable de celle du désarmement.

Réduire les capacités militaires d’un groupe armé ne consiste pas uniquement à récupérer ses armes. Il faut également comprendre comment il paie ses combattants, comment il se procure ses équipements et comment il transforme le contrôle territorial en ressources financières.

C’est précisément dans cette économie de guerre que Mpakaniye situe l’une des principales raisons permettant aux FDLR de maintenir leur existence et leurs capacités pendant plusieurs décennies.

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